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AZF – le procès en appel de l’explosion du 21 septembre 2001

AZF : une catastrophe chimique qui a eu lieu il y a dix ans et qui a marqué toute la population toulousaine. Pendant quelques années, les enfants qui assistaient au feu d’artifice du 14 juillet s’inquiétaient de savoir s’il s’agissait d’une autre explosion ! Aujourd’hui encore, celle-ci laisse des traces douloureuses.

l'association des Sinistrés du 21 septembreL’association des Sinistrés du 21 septembre affiche sa banderole et ses revendications devant l’entrée de la salle Mermoz où se déroule aujourd’hui le procès en appel de l’explosion AZF. Crédit photographique : © Véronique Samson

 

C’est aujourd’hui aussi que débute le procès en appel.

Il est 15h l’audience commence avec une heure de retard. Après avoir constaté l’identité des prévenus, la Cour prend acte des constitutions de partie civile de toutes les victimes qui se présentent. Elle appelle tous les témoins et experts un par un. C’est long et fastidieux mais ce sont eux qui durant les quatre mois à venir vont éclairer la juridiction sur toutes les questions qui vont leur être posées.

Ce qui va être évoqué également en fin de cette journée ou demain, ce sont les problèmes liés à la procédure, doit-on laisser le groupe Total et son Pdg dans la procédure en appel, quel statut doit on leur réserver ?

Denis Benayoun, avocat au barreau de Toulouse

Maître Denis Benayoun, avocat au barreau de Toulouse, à l’entrée de la salle d’audience. Il représente 84 parties civiles, essentiellement des enseignants et le personnel de deux écoles situées à proximité du site AZF ainsi que des personnes vivant à proximité de l’ancienne usine. Crédit Photographique : © Véronique Samson

 

Deux ans après le procès en première instance, les attentes sont grandes. Car si les préjudices sont reconnus à l’issue du procès de novembre 2009 et si les fautes ont été rappelées par cette juridiction, Maître Benayoun souhaite que « la décision prise en novembre 2009 soit réformée. Il est nécessaire que la Cour se penche sur les causes de l’explosion. Il faut définitivement mettre de côté les pistes farfelues telles que les pistes terroristes, intentionnelles, l’hélicoptère, l’arc électrique etc. Cela suffit. On est sur un accident chimique dont la responsabilité pénale incombe aux personnes qui sont poursuivies« .

Combien d’explosion a-t-on entendu lors de l’accident du 21 septembre 2001 ? Certains ont entendu une explosion, d’autres en ont entendu deux. En novembre 2009, l’instruction et le jugement de première instance ont conclu qu’il n’y avait qu’une seule explosion. Cependant, les salariés d’AZF qui se sont constitués partie civile ne sont pas d’accord avec la thèse de l’accident chimique et ont entendu deux explosions. En première instance, des tests ont été effectués. Maître Benayoun nous rappelle que 23 tirs ont été reproduits à cette occasion. Or, c’est « le 24e tir qui a pu mettre en évidence la possibilité d’une seule explosion par le mélange de produits« .

Il faudra attendre mardi prochain pour rentrer dans le vif des débats. « Il nous tarde« , ajoute Maître Benayoun.

Alors affaire à suivre !

Coordonnées de Maître Benayoun

AZF, 10 ans après…

Dix jours après l’attentat des Twin Towers de New York (USA), Toulouse vivait une catastrophe industrielle sans précédent. Le 21 septembre 2001, à 10h17, vingt et une personnes trouvaient la mort dans l’usine chimique d’AZF (Groupe Total) suite à une explosion. Dix autres personnes décédaient à l’extérieur de l’usine. Bilan de la catastrophe : 31 morts, des milliers de personnes blessées et des dizaines de milliers de bâtiments éventrés, détruits, ainsi que des milliers de logements sans fenêtres.

AZF 10 ans apres

21 septembre 2011, Toulouse commémore les dix ans de l’explosion d’AZF sur le site de l’usine détruite. La tour emblématique de l’usine a été photographiée avant sa destruction (28 novembre 2004). Aujourd’hui les salariés replongent dans les souvenirs, pour certains ce sont encore des moments très douloureux. Crédit photographique : © 2011 Véronique Samson.

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Dix ans après, l’amertume, la déception et l’émotion sont palpables. Les raisons de l’explosion dans l’atelier des nitrates ne sont toujours pas connues. Les salariés ont entendu deux explosions, or le tribunal de première instance, n’a reconnu qu’une seule explosion. Beaucoup d’hypothèses ont été exposées allant de l’arc électrique à l’attentat (n’oublions pas que l’explosion s’est produite 10 jours après l’attentat du World Trade Center et que cette piste était la plus facile dans ce contexte). Les salariés se sont sentis attaqués, abusés par la presse, la rancœur est grande. Aujourd’hui encore, il existe beaucoup de dissensions entre anciens salariés AZF, riverains et municipalité. Les salariés commémorent certes sur le site mais déposent leurs gerbes devant leur stèle. Comme on le voit, les blessures sont à vif.

A quelques centaines de mètres du site d’AZF et du lieu officiel de commémoration, les Sinistrés du 21 sont rassemblés au rond point du 21 septembre et brandissent des drapeaux syndicalistes. Ils n’ont pas voulu participer à la commémoration officielle organisée par la Mairie de Toulouse. Par contre, le collectif des riverains Plus jamais ça, était présent avec Pierre Cohen, Pierre Izard et Martin Malvy pour déposer une gerbe de fleurs au pied de la stèle érigée à la mémoire des 31 morts.

les salariés d'AZF en 2011

Serge, Roger, Jean, Pierre, et deux autres collègues de l’ancienne AZF posent devant leur propre photographie noir et blanc réalisées par Patrick Baggi avant la destruction de la tour emblématique. 10 ans après, les plaies ne sont pas encore tout à fait refermées.  Crédit photographique : © 2011 Véronique Samson.

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Mais pour tous, le combat continue. Si le procès qui a eu lieu fin 2009 n’a rien donné puisqu’une relaxe générale a été prononcée au bénéfice du doute, tous espèrent que le procès en appel du 3 novembre 2011 viendra apaiser la situation.